La sécheresse est telle à Taïwan que la population est invitée à remplacer l'eau par le jus de pastèque. Elle, c'est en volant l'eau des toilettes publiques qu'elle subsiste. Lui, c'est en montant sur les toits, la nuit tombée, qu'il tente de se rafraîchir en se baignant dans les citernes d'eau de pluie. Solitaires, assoiffés, épuisés par la chaleur et le désir, ils se retrouvent pour mieux se perdre dans l'excitation torride et la saveur de la pastèque.
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Merci à KingBrook qui a créé cette fiche
Hyper intéressant mais je pense que j'aurais encore plus apprécié ce film si j'avais été familière à l'univers de Tsai Ming Liang. Pourtant habituellement, je ne suis pas fan du cinéma absurde qui me laisse très souvent perplexe, mais Tsai Ming Liang a une utilisation très remarquable des symboles et des métaphores.
Le même film raconté de manière plus ''conventionnelle'' ne m'aurait peut-être pas procuré le même effet, la même émotion.
Ici, pour moi, Tsai Ming Liang dépeint de manière assez crue et juste la société actuelle dans laquelle les gens sont secrètement à la recherche d'amour et de contact humain mais "guérissent" ce besoin à travers du sexe fade et dénué de chaleur. Du sexe froid sans réel partage. Et ceci est incarné par l'industrie pornographique, qui en est la quintessence même, et derrière laquelle on perçoit une critique sous-jacente, à savoir : le sexe est devenu un biais de consommation comme un autre. Il comble un vide, mais de manière illusoire.
Et pour exprimer cette idée, le réalisateur utilise plusieurs symboles :
L'eau, ou plus plus précisément, l'absence d'eau, qui représente l'amour. On ne peut pas vivre sans, c'est vital, mais comme pour l'eau, l'amour se raréfie.
La pastèque, quant à elle, symbolise de manière assez évidente le désir. J'irai même plus loin en parlant de désir du désir. C'est du désir, mais dans sa forme la plus ''pure'' et belle : à savoir un recherche de contact humain, de passion. C'est une version altérée de l'amour, qui est l'eau : car même si ça remplit le ventre et désaltère, le désir ne pourra jamais réellement étancher la soif comme l'amour.
Mais l'ironie étant que même ce désir-là : chaleureux, passionné, n'est pas le sexe que l'on consomme.
La majorité des scènes sexuelles que l'on voit sont froides, impersonnelles, voire même sales. (J'entends par ''sale'' le fait qu'après chaque tournage, on voit Hsiao-Kang, le protagoniste, chercher frénétiquement un moyen de se laver avec de l'eau, comme pour se purifier d'un acte qui le dégoûte au fond.) D'ailleurs, il y a une scène où à défaut de trouver de l'eau potable pour tourner leur film porno, l'équipe technique récupère l'eau des toilettes pour finir leur scène. Ca représente selon moi de manière assez symbolique ce que pense Ming Liang Tsai de ce sexe-là.
Et l'ironie vraiment cruelle, c'est que les scènes érotiques vraiment plus intenses et intimes sont toutes celles qui incluent des pastèques.
Les humains sont traités comme des objets (on peut le dire : comme des pastèques.) Le sexe est objectifié, un biais de consommation comme un autre.
Les pastèques sont traitées avec la tendresse normalement réservée aux humains, comme si ce besoin de contact était déporté sur un objet, un peu par dépit. En outre, après une petite recherche, j'ai appris que le réalisateur aimait tout particulièrement aborder le thème de la solitude dans ses films, et dès lors, tout prend une dimension nouvelle.
Il y a énormément d'autres symboles que je trouve saisissants et qui appuient le propos général de ce film : les longs couloirs qui symbolisent l'errance, les ascenseurs qui catalysent un microcosme de société dans un espace confiné... Il y a aussi l'obsession de Shang-Chyi pour une clé, et celle de Hsiao-Kang pour une valise qu'il n'arrive pas à ouvrir. (Donc elle aspire à une forme de connexion avec quelqu'un, et lui aspire à se poser. A eux deux, ils détiennent la solution : elle cherche une serrure, lui cherche une clé, mais ils ne la trouvent jamais.)
Autre fait remarquable, il n'y a quasiment aucun dialogue et on ne voit jamais les personnages réellement se regarder dans les yeux (sauf durant une scène précise). Ou du moins, on ne voit jamais les personnages se regarder dans le même cadre. Soit l'autre personnage ne regarde pas, soit son regard nous est caché de la caméra, ce qui donne l'impression que même s'ils sont ensemble, ils ne le sont pas réellement.
Bref, je pourrai continuer longtemps comme ça, il faut croire que ce film m'a particulièrement inspirée.